Issa n’a pas froid aux yeux, il est sûr de lui et relève le défi : ça sera 24 heures ou rien. Mais 24 heures de quoi ?
Eh bien, au choix, mais certains ont commencé dès 10 heures du matin par la confection de berimbaus, orchestrée par Professor Fabinho. Si ce n’était pas encore fait, ces capoeiristes ont pu découvrir la fibre manuelle cachée en eux et surtout remporter le berimbau chez eux.
Les autres, moins matinaux, ont attrapé le train en route : stages variés, allant de la samba à la salsa en passant par le hip hop et la danse Africaine. L’évènement a donc débuté dans la matinée et a suivi son cours, balisé par des initiations aux danses citées plus haut. Puis, le soleil estival disparu, le son du berimbau a réuni les capoeiristes autour d’une roda.
Sous les projecteurs du chapiteau, la chaleur monte.
Le frappement des mains rythme et saccade les chants.
La tension monte.
Les corps défilent, s’affrontent et se défient, mais toujours dans l’esprit d’Aduna’m. Aduna’m, c’est mon monde en peule. Mais quand vient s’y accrocher les « 24H », « Aduna’m » devient le monde des capoeiristes. Plus que les quais de la Seine, plus que le parc de la Villette ou celui de Citröen, les capoeiristes de Paris se sont approprié « Aduna’m 24H», évènement unique rien que pour eux.
La roda est en effet tenu tour à tour par les élèves de toutes les associations de Paris, réunies sous un même toit, un même drapeau, une même passion. Des invités ont également fait honneur par leur présence. On citera à cet égard Mestre Amen et ses élèves gradés venus de Californie, Mestre Val-Boa-Morte (Filhos da Bahia) venu d’Australie, Contre Mestre Mariano de Santa Barabara
On ne s’endort pas sur le berimbau ni sur le reste des instruments. Ils passent de main en main. On ne s’endort pas non plus dans la roda malgré le temps qui passe et les heures qui défilent. Le jeu est coupé et les capoeiristes formant la roda se resserrent, les uns collés aux autres . Être aux premières loges est un privilège sans prix, mais les coups frôlent les visages. Des saltos, des vrilles, des figures sans noms s’échappent de la roda tandis que des cris d’encouragement, des hurlements de frayeurs ou d’incrédulité s’évadent de la foule.
Il y a une dimension en effet spectaculaire dans cette succession de corps athlétiques déchaînés, libérés, et dont les lois de la nature n’ont plus de secrets.
La nuit est déjà bien avancée. Le jeu se calme et s’adapte à des capoeiristes qui marchent aussi bien sur leurs mains que sur leurs pieds. À ras le sol, un capoeiriste se glisse telle une anguille entre les jambes de l’autre, il tient sur une main et se retrouve de l’autre coté de la rode par on ne sait quel miracle.
La nuit est passée tel un rêve. C’était pourtant bel et bien une réalité et les 24H viennent de s’achever. Certains sortent du chapiteau, les traits tirés mais le regard satisfait. D’autre, plus frais, arrive tout juste, histoire de partager le p’tit dèj.
Et Issa, où est-il ? Il est là, zen, mais fatigué. « Eh, Issa, les 24Heures, pourvu que ça dure ! ». Il sert là main de l’un donne une accolade à l’autre.
Alors, Issa, les 24 heures, on remet ça ?
Gayle Welburn
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